Tout un fromage : « Ouaah !! »

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«  – A l’époque, j’étais remunéré 2000 yen par mois ! Je travaillais beaucoup ! Et maintenant, regardez ou j’en suis …Hum ?! « 

Sur le parking, près de l’entrepot ou défilent régulièrement les camions en provenance de l’aéroport de Narita, chargés de fromages de France ou d’Italie, les deux Lexus noires du Président illustrent la réussite de cet ancien manutentionnaire d’un grand magasin tokyoite. Ce jour là, nous étions une dizaine de jeunes recrues dans la salle de réunion d’un des plus grand fromager de la capitale nippone qui exploite une quinzaine de points de vente dans la région. Nous étions une dizaine d’apprentis fromagers ayant passé avec succes la première sélection sur C.V. ainsi que la deuxieme sélection suivante avec entretien individuel. De nombreuses ouvertures de magasins étant prévues, notament sur Hokkaido, l’entreprise se devait de se préparer et recruter du personnel. Nous étions une dizaine  en ce 1er aout, dans la salle de réunion de l’entreprise, à écouter religieusement la success story du Président tout en sirotant un café glacé que la secretaire nous avait apporté. A partir de ce jour, nous allions vivre ensemble de longues journées de formation : Couper, peser, emballer, … et bien entendu, vendre le fromage aux Japonais. Avant cela, le « self-made-man » du fromage nous sortait son grand numero de séduction ou plutôt de « motivation ». Les plus aptes se verraient confier un magasin en devenant tenchô, par la suite, au fil des ans nous pourrions devenir sommelier crémier !! (Ah ? Parce que ça existe ?) et le top du top ; nous aurions alors le privilège de porter un badge vert, bleu puis « gold » avec la mention « CP » ou, « cheese professionnal » ! … En échange, nous sommes appelés à fournir de gros efforts pour l’entreprise. Nous accepterons alors de travailler 13 heures par jour payees 8, six jours sur sept. Cela sans pratiquement aucune vacances.

Contrairement à mes nouveaux collègues, je ne passerais que trois jours dans les entrepots du siège social en formation. Il est certain que si je n’avais jamais eu l’occasion de couper une meule de gruyère ou de comté de 30 kg par le passé, je ne regardais pas mon formateur avec la bouche grande ouverte lorsque celui-ci me parlait de « bleu des Causses » ou de Vacherin « Montdor » ! Je fus donc tres vite affecté à un stand situé à l’intérieur d’un grand magasin, à quelques stations de train de mon domicile.

Alors, dès huit heures, comme tous les jours, sans rien se dire, la petite équipe de trois ou quatre que comptait notre boutique se mettait à couper et à emballer du fromage, afin d’être prêt à accueillir les premiers clients. Jusqu’à 21h, nous ne nous échangerons que rarement quelques mots n’ayant pas de rapport avec le travail.

Dans la petite salle de repos crasseuse du grand magasin – qui servait également de salle d’entretiens d’embauches ou de bureaux – je prenais souvent ma tête dans mes mains et je me disais de temps en temps : « mais ce n’est pas possible, comment peut-on avoir une existence pareille« . J’adressais cette question à mes collegues et peut-être surtout à moi même. Comme si j’avais oublié pour qu’elles raisons je me retrouvais ainsi à cet instant, à cet endroit à vendre du fromage aux Japonais sur un stand de l’étage alimentaire d’un grand magasin de la région de Tôkyô! J’avais cherché à travailler dans le fromage au Japon, pour « étudier » le rapport entre les Japonais et ce produit, afin de pouvoir développer un jour prochain, ce projet qui me tient à coeur …  Oui, comprendre les Japonais et le fromage :

un clik et t’agrandis l’image

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Illustrations rapides : Noripili

Après quelques réflexions bien affinées, que pouvait donc bien m’apporter cette fromagerie qui profitait visiblement au maximum de moi ? Pas grand chose en fin de compte …  Je decidai alors d’en finir avec cette expérience et arrêtait peu avant la fin du mois, après trois semaines de travail. Pour changer de crémerie !

Aujourd’hui, je profitais de ma journée de repos de mon travail actuel pour aller chercher le salaire qui m’attendait. Le manager avait arrêté lui aussi (pour raison inconnue) et avait été remplacé par un « cheese professional » à badge « gold », apparement au siege social, on avait décidé de reprendre le magasin en main !

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5 Commentaires

Classé dans Department Story et autre

5 réponses à “Tout un fromage : « Ouaah !! »

  1. Zut, y a ma mise en page qui merdouille, je rectifie ca bientot, en attendant, tu peux cliquer sur l’illustration (en deux parties) pour tout voir correctememnt… Merci

  2. lolo

    Hi hi hi ! Vraiment bien cette Illustrations rapides de Noripili.

    « Alors je prends celui là et je repasserai une autre fois pour prendrecelui ci »
    Si Ama ne te faisait pas la gueule depuis que tu as impoliment refusé son invitation*, il aurait probablement commenté : « Moi, je veux bien les prendre tous les deux à la fois !… ».

    * T’as pas trop honte de toi, des fois ?

  3. FLIZOT

    Hello!
    j’ai été très intéressé par ton témoignage, Je suis fromagère affineur de formation et pars en mai pour 2 mois au Japon afin de faire un repérage pour savoir si je pourrais travailler dans ce domaine. Aurais-tu d’autres infos à me communiquer. sais-tu s’il existe un listing des productions fromagères artisanales? J’ai fais pas mal de recherche sur internet mais je n’ai que quelques adresses et beaucoup de pages web que je ne peux pas exploiter car elles sont toutes écrites en… japonais, bien évidemment! Sinon, ce ne serait pas drôle!
    Je serais contente d’avor ton point de vue concernant mon projet. Si tu trouves ce dernier illusoire et ridicule, fais le moi savoir. Je souhaite apprendre et ton expérience peut-être très enrichissante pour moi.
    Merci de ton aide future,
    Marie
    PS: j’espère que tu as maintenant trouver mieux! hihihi

  4. Bonjour Flizot, desole de repondre a ton commentaire si tardivement, je m’etais fait plutot rare par ici.

    Je ne sais pas s’il existe un listing des productions fromageres artisanales au Japon disponible a la consultation bien que je sais que l’on commence a produire de plus en plus de fromages dans l’Archipel. Des fromages de qualite comme le Sakura, qui est un fromage a pate molle (aux feuilles de cerisiers) de la region de Hokkaido, tout comme on y fait une excellente Tomme. Il y a quelques productions de fromages de chevres a Okinawa qui sont vraiment tres interessantes. Un Camembert a Saitama, a Chichibu plus exactement et des dizaines d’autres ! Pour ton projet, je voudrais bien t’aider mais tu ne m’en a rien dit ! Tu peux m’ecrire et me raconter tout cela par mail si tu le veux. Tu peux y joindre tes liens en japonais, si je peux faire quelques choses …

    • barbatruc

      Salut suparoban!
      moi aussi j’ai été très intéressé par ton article. Et comme flizot je suis fromager affineur en partance pour Tokyo dans peu de temps.
      J’aimerais savoir quel est ce fromager sur Tokyo??! ça m’évitera de m’y présenter….;p
      et aussi si tu connais d’autres noms de fromagerie réputée au Japon… pas évident avec tout ce japonais….:s
      Merci de ton aide et de ta compréhension.
      Paul.

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