Sur le balast de la voie désafectée

 

 

 

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cette epoque de l’année, il fait normalement une chaleur moite et étouffante, ce jour-là, il faisait un temps chaud mais un petit vent léger rafraichissait l’atmosphère. 

Les riverains ainsi que les « de passages », s’etaient agglutinés le long de la vieille barrière en béton, le regard rivé dans la même direction. Ils étaient encore nombreux massés de la sorte, bien que le spectacle était sur le point de se terminer. Les observateurs encore présent le long de la vieille barrière tout près de la sortie Est pouvaient alors renseigner les quelques badauds qui continuaient à affluer et qui, après un tour d’horizon rapide finissaient alors par demander à leurs contemporains ce qui pouvaient bien se passer là.

Je n’avais encore jamais vu autant de monde stationné ainsi près de la gare. Durant les grands rushes de la journée – comme celui du matin qui fait transiter des centaines d’employés se rendant à leur travail et inversement, celui du soir qui les ramène – la foule compacte se dirige à la même vitesse vers la même direction, dans le même but ! Là, elle était immobile et presque silencieuse. Il était pas loin de trois heures de l’après-midi.

Noriko me préviendra par mail. Elle avait emmené Lumika à Ikebukuro, au planetarium de Sunshine-Ikebukuro et, sur le chemin du retour son train s’était immobilisé en gare de Wakôshi. :

« Il y a eu un jinshin jiko, les trains sont arrêtés« .

 

En temps normal, j’aurais pu encore trainer un peu à la maison mais je préférai me dépêcher de rejoindre a mon tour la gare pour ne pas trop me mettre en retard. Je me disais que je préviendrai mon travail d’un éventuel retard, sous les haut-parleurs du quai qui diffusent continuellement les excuses d’usages lors de ce genre d’évennement. Cela étant bien entendu, le meilleur alibi qui puisse exister…

Avertissement : La suite du texte de ce billet ainsi que les 2 images associees, peuvent heurter.

Un Jinshin jiko ou, ce que j’avais l’habitude d’entendre autrefois, tout aussi pudiquement : un « accident de voyageur » s’était à nouveau produit sur la ligne Tobu Tojo et ce, à la gare qui dessert mon domicile. J’enfourchai donc mon velo pour rejoindre ces lieux le plus rapidement possible. Je me souvenais qu’aujourd’hui nous serions en effectif réduit au travail et qu’il était préférable que mon retard ne soit pas trop important. A mon arrivée, du côté de la sortie Ouest, je fus surpris de n’apercevoir aucune ambulance, ni aucun autre véhicule de secours ou même de police. Tout était calme devant ce grand bâtiment qui abrite des d’habitations s’élevant sur une quinzaine d’étages, un petit supermarché qui ne ferme jamais ainsi que quelques boutiques et bien sûr, la gare. Ces images « d’urgences » devaient être visible de l’autre côté, sortie Est, pensais-je. Sur le chemin, j’avais reçu un second mail de Noriko, que j’ouvris après avoir rangé mon vélo dans le parking des « Hara » :

 

« ça repart bientôt »

Me disait-elle. Près des barrières de contrôle, on avait écrit sur un grand tableau blanc les raisons du retard, un agent répétait les mêmes informations à intervals réguliers par haut-parleur.  Sur le quai, il n’y avait pas autant de monde qu’il n’y en aurait eu si l’evennement s’était produit vers huit heures le matin ou à partir de la fin de l’après-midi et ce jusqu’à une heure avancée.

J’aperçus en bout de quai, une agitation. Des ambulanciers qui portaient un masque mais aussi des policiers ainsi que quelques agents de la compagnie de train. La plupart d’entre-eux se dirigeant lentement vers les escaliers menant à la sortie, sans rien se dire. Seuls, ne restaient que quelques policiers et cheminots, postés à proximité de la voie « 1 » et s’échangeaient quelques mots. Un des cheminot équipé d’un fanion rouge scrutait l’horizon en direction du Sud puis se mit à l’agiter pour avertir ses collègues du danger . Un train entrait en gare, visiblement le service reprenait progressivement. Les annonces répétées d’excuses s’étaient arrêtées laissant la place aux annonces habituelles informant les voyageurs sur la nature du train, sa direction et sur la nécessicité de s’éloigner de la bordure du quai. Il s’agissait d’un « semi-express » qui  avait pour terminus Kawagoe-shi. Mon train pour Ikebukuro n’était pas encore annoncé. Les passagers qui descendaient du « semi-express » cherchaient tout autour d’eux sur le quai, des indices, des traces de l’accident mais ne virent rien alors ils se dirigèrent vers les escaliers de sortie.

Le trafic fut interrompu pendant dix minutes environs. Seulement dix minutes. Plus tard, je fis part de mon etonnement a Noriko. 

 

-Alors à présent, quelqu’un se jette sous un train, on déplace le corps comme de la vulgaire viande, le plus rapidement possible afin de limiter le retard des employés ? »

m’étais-je exclamé en mélant à mon discours un sourire ironique et un sentiment de dégout, puis j’ajoutai :

« -il me semble qu’autrefois, le bordel durait au moins une heure, il y avait un peu plus de respect pour le corps du defunt ».


Elle me repondit, qu’en fait, cela dépendait de la façon dont s’était produit le choc avec le train. Elle me raconta qu’une fois, lorsqu’elle était lycéenne, un pareil evennement avait immobilisé une rame durant plus d’une heure parce que les secours ne parvenaient pas à dégager le corps de sous le train. Un corps qui était en charpis. Les voyageurs avaient alors été invités à se diriger vers une station de métro qui se trouvait à quelques minutes à pieds de la gare où ils étaient immobilisés. Elle se souvenait qu’en descendant  du train, ils n’avaient pas pu voir ce qui se passait sous la voiture à cause de l’agitation qu’il y avait autour mais, elle avait pu cependant apercevoir furtivement sur les rails, un peu à l’écart, la tête de l’homme qui était à l’origine de l' »accident ». Il avait été décapité sur le coup.

 

« – Pourquoi choississent-ils toujours le train comme moyen de … »

Avais-je demandé a Teruko, le lendemain matin, pendant qu’elle cherchait dans le journal du jour des informations complémentaires, comme elle ne me répondit pas, j’ajoutai : « 

« – Au Japon, il y a des montagnes, de très hautes tours, bref des tas de façon de mettre fin a ses jours sans utiliser le train ! »

Elle acquiesça mes propos, par un « Ah oui c’est vrai, pourquoi! ». Je poursuivai en evoquant ces frais qui étaient réclamés à la famille quelques temps après qu’un suicidé avait choisi le train comme moyen de mettre fin à ses jours . Elle me répondit qu’il s’agissait en fait, d’une rumeur volontairement non démentie par les compagnies de train qui cherchent ainsi à ralentir les candidats au suicide sur leurs voies.

 

On avait déposé le corps de la victime sur le balast de la voie désaffectée proche du quai no 1. Un simple drap blanc la recouvrait, quelques taches de sang étaient visibles. On avait annoncé mon train qui était à l’approche. je n’allais pas être en retard ce jour-là.

Sa vie s’est arretée peu avant quinze heures, un 25 juillet 2007, par le choc d’un train express. Un train express qui n’aurait jamais du s’aretter en cette gare, peu avant quinze heures … Elle avait 33 ans.

 

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6 Commentaires

Classé dans Densha de go !

6 réponses à “Sur le balast de la voie désafectée

  1. Suicide Club (Jisatsu circle) de SONO Shion c’est sympa, mais en realité ça doit refroidir…
    En France, une femme a voulu se suicider depuis un précipice, elle est restée quillée à mi chemin. Une chance (?) qu’elle ait été repéré, sinon elle serait morte de faim et de soif sur la paroie (ou son arbuste je sais plus) et pas de l’effet de l’apesenteur.

    Au fait tu as pas peur des spam sans captcha ? On s’est fait bombarder sur notre blog…

  2. fasa

    Merci de censurer cette image, je la trouve insuportable.

  3. Merci de nous faire aussi partager ce Japon là.

  4. oldergod

    peut-etre pense-t-on qu’il n’utilise que le train car cela affecte forcement la vie des autres a cause des retards occasionnes…?
    Probablement d’autres « accidents » se produisent sans qu’on en entende parler car cela ne « gene » personne?
    Ca peut paraitre un peu dur mais cela ne m’etonnerait pas trop vu le mal des societes a parler des choses sensibles.

  5. senbei

    Mmmh, interessant, j’avais pas vu des photos comme ça depuis le film évoqué plus haut (revu il y a peu pour cause de traduction de Noriko’s Dinner Table, la « suite » ).

    Ce qui me choque souvent ici, c’est le jeune age et le fait que ce soit souvent des femmes. Je comprends moyennement la vie des gens ici, de ce point de vue. Sinon, pour avoir vu un jour un train corail rentrer à la rotonde (lieu de parking et nettoyage des locos, ou je faisait un travail d’etude) repeint en rouge humain, ça m’a blindé la dessus.
    Merci pour l’histoire, interessante en effet.

  6. Faisant parti, d’un grande societe de transport ferroviaire française( la seule en faite)
    (ou je passe le plus claire de mon temps a parcourir votre blog, Eh oui nous avons un reputation a tenir……)
    , je vois ce genre de chose arriver très souvent ici en france, malheuresement, cela arrive partout, quelque soit le pays.

    En france par contre, quelque soit le motif, on bloque la rame complete quitte, a ce que les voyageur est 1 heure de retard.

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